Grandir · 2026-10-26
Qui aura la branche en premier ?
Lorsque les tout-petits crient « À moi ! » pour un jouet, ils ne sont pas égoïstes. Découvrez pourquoi le partage est difficile et comment enseigner à attendre son tour à la place.
C’est une scène familière dans presque toutes les aires de jeux. Deux paires de petites mains saisissent exactement le même camion de pompiers au même instant. « À moi ! » crie l'un d'eux. Un bras de fer s'ensuit. En tant qu'adultes, notre instinct est généralement d'intervenir immédiatement, en disant doucement mais fermement : « Il faut partager. »
Pourtant, dans le monde d’un jeune enfant, le concept de partage est bien plus complexe que nous ne pourrions l’imaginer.
La branche parfaite dans la forêt
En Suisse, il est courant que les enfants fréquentent un Waldkindergarten (jardin d’enfants en forêt). Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, ces enfants passent leurs matinées dehors, dans les bois. Contrairement à une salle de classe traditionnelle, la forêt n'offre pas de jouets manufacturés identiques pour tout le monde. Parfois, il n'y a qu'une seule branche parfaitement lisse et droite pour faire un bâton de marche idéal. Parfois, il n'y a qu'un seul rocher parfaitement plat où un enfant veut s'asseoir pour manger son Znüni, le goûter traditionnel suisse de la mi-matinée.
Lorsque deux enfants veulent inévitablement la même branche, les éducateurs choisissent souvent de ne pas se précipiter. Ils ne confisquent pas le bâton et ne forcent pas l'enfant à le céder tout de suite. Au lieu de cela, ils prennent du recul et laissent un espace sécurisé pour cette légère friction. C'est précisément dans ces moments-là — en négociant pour un bâton, un rocher ou une flaque d'eau — que les enfants commencent à forger leurs toutes premières véritables compétences sociales.
Pourquoi ne pas partager n'est pas de l'égoïsme
Lorsque les jeunes enfants refusent de partager, on peut craindre qu'ils agissent de manière égoïste. Mais les sciences du développement racontent une autre histoire. Le psychologue suisse pionnier Jean Piaget a observé que les jeunes enfants se trouvent naturellement dans un stade d'« égocentrisme ». Cela ne signifie pas qu'ils sont cupides ou calculateurs ; c'est simplement que leur cerveau n'a pas encore développé la capacité cognitive de voir le monde du point de vue d'une autre personne. Pour un enfant de deux ans, s'il veut un jouet, il ressent comme une vérité absolue que ce jouet lui appartient, là, tout de suite.
De plus, un partage authentique nécessite un haut niveau de fonctions exécutives. Un enfant doit être capable de contrôler ses impulsions immédiates, de réguler ses émotions et d'avoir la confiance que s'il donne un objet, il finira par le récupérer. Cela nécessite une notion du temps que les tout-petits ne possèdent tout simplement pas. Pour un très jeune enfant, s'entendre dire « attends juste une minute » peut sembler indiscernable de « jamais ».
Passer du partage au « chacun son tour »
Parce que l'idée abstraite du « partage » peut être vécue comme une perte permanente par un tout-petit, les experts de la petite enfance recommandent souvent de se concentrer plutôt sur le fait d'« attendre son tour ». Le partage forcé apprend aux enfants qu'un adulte peut surgir et leur retirer leur joie à tout moment. Le tour de rôle, en revanche, introduit de la prévisibilité et de l'équité. Il enseigne la leçon inestimable que céder quelque chose n'est que temporaire.
Le tour de rôle est un rythme qui s'étend bien au-delà des objets physiques ; c'est aussi le fondement de la communication et des premières amitiés. Par exemple, lorsque les enfants interagissent avec un compagnon d'apprentissage comme Sparkie, ils pratiquent naturellement cette cadence de va-et-vient — poser une question, attendre patiemment pour écouter, puis reprendre la parole à leur tour. Apprendre à passer le relais conversationnel est tout aussi important que d'apprendre à passer un bloc de construction.
Choses à essayer à la maison cette semaine
- Changez de vocabulaire : Au lieu de dire à votre enfant qu'il doit « partager », utilisez le langage des tours. Dites : « C'est le tour de ta sœur pour l'instant. Quand elle aura fini, ce sera ton tour. » Cela aide à établir des limites claires et rassurantes.
- Rendez l'attente visible : Puisque les tout-petits ont du mal avec le temps abstrait, utilisez des outils concrets. Un petit sablier est excellent pour cela, ou vous pouvez utiliser une chanson familière. « Quand j'aurai fini de chanter cette chanson, ce sera ton tour de tenir le seau rouge. »
- Modélisez le plaisir de l'échange : Montrez aux enfants à quoi ressemble le tour de rôle dans la vie quotidienne des adultes. Pendant un repas, vous pourriez dire : « Puis-je avoir une tranche de ta pomme ? Tiens, tu peux avoir un morceau de mon pain. »
- Validez la difficulté : Si votre enfant s'énerve quand son tour est fini, reconnaissez ses sentiments avec douceur plutôt que de vous précipiter pour régler le problème. « Je sais que c'est vraiment dur de donner le bâton alors que tu t'amusais tellement. C'est frustrant d'attendre. » Les enfants qui se sentent compris sont souvent plus disposés à coopérer la fois suivante.