Grandir · 2026-09-16
La pomme de pin à côté de la tienne
Avant que les enfants ne jouent vraiment ensemble, ils jouent souvent côte à côte. Ce « jeu parallèle » est le fondement discret des premières amitiés et du partage.
En Suisse, la tradition du Waldkindergarten (jardin d'enfants en forêt) privilégie les jeux en plein air par presque tous les temps. Entrez dans une clairière par une matinée fraîche, et vous apercevrez peut-être deux enfants de trois ans assis l'un à côté de l'autre sur un tronc d'arbre moussue. L'un aligne soigneusement une collection de pommes de pin ; l'autre perce des trous dans la terre humide avec une petite brindille.\n\nIls semblent parfaitement heureux, et pourtant ils n'interagissent pas du tout. En tant qu'adultes, il est facile de s'inquiéter face à cette scène. Ont-ils du mal à se faire des amis ? Devrions-nous intervenir et les encourager à construire une petite cabane ensemble ?\n\nEn réalité, ces deux petits mondes apparemment séparés sont précisément le lieu où les premières amitiés commencent à éclore.\n\n### Le pouvoir tranquille du jeu parallèle\n\nDans les années 1930, la psychologue du développement Mildred Parten a cartographié les étapes classiques du jeu dans la petite enfance. Elle a noté que vers l'âge de deux ou trois ans, les enfants s'engagent fréquemment dans le « jeu parallèle » 1.\n\nDurant cette étape, les tout-petits jouent l'un à côté de l'autre, souvent avec des jouets similaires, mais ils n'essaient pas d'influencer le comportement de l'autre. On dirait qu'ils s'ignorent simplement, mais si vous regardez de plus près, vous remarquerez qu'ils sont très conscients de leur voisin. L'enfant aux pommes de pin jettera peut-être un coup d'œil furtif aux trous dans la boue et se rapprochera progressivement d'un centimètre ou deux sur le tronc.\n\nPour un jeune enfant, collaborer activement est épuisant sur le plan cognitif. Le jeu parallèle offre une manière sûre et sans pression d'être sociable. Ils profitent de la présence réconfortante d'un pair sans la tâche exigeante de négocier des règles ou de partager du matériel. C'est un peu comme deux adultes assis à la même table de café, lisant confortablement leur propre livre dans un silence complice.\n\n### Du « mien » au « nôtre »\n\nÀ mesure que les fonctions exécutives de l'enfant se développent — en particulier la capacité à contrôler ses impulsions et à retenir des informations dans sa mémoire de travail — il commence à évoluer vers le jeu associatif, puis coopératif, vers l'âge de trois à cinq ans 2.\n\nC'est alors qu'apparaissent les concepts complexes du tour de rôle et du partage. Il faut une immense autorégulation pour qu'un enfant freine l'envie de saisir une brindille fascinante dans la main d'un ami. Alors qu'ils commencent à naviguer dans cet apprentissage, leur curiosité envers les autres grandit. Un enfant pourrait se tourner vers vous, ou même vers un compagnon d'apprentissage comme Sparkie, pour demander : « Pourquoi regarde-t-il toujours ma pomme de pin ? »\n\nCette question est une étape magnifique. Elle montre les débuts de l'empathie — la réalisation que la petite personne assise à côté de lui a ses propres désirs et pensées distincts.\n\n### Leur donner l'espace nécessaire pour observer\n\nLorsque nous comprenons la valeur développementale du jeu parallèle, nous pouvons relâcher la pression pour que nos enfants « se fassent des amis » instantanément. Nous n'avons pas toujours besoin d'intervenir pour imposer le partage ou diriger leurs jeux.\n\nL'amitié ne se force pas. Elle naît organiquement de l'observation, de l'imitation et de la sécurité tranquille d'un espace partagé. Parfois, le simple fait de poser une pomme de pin à côté de celle de quelqu'un d'autre est le « bonjour » le plus naturel qui soit.\n\n### Choses à essayer cette semaine\n\n- Installer des stations parallèles : Placez deux ensembles de matériel similaires sur une table, comme deux boules de pâte à modeler ou deux petits tas de blocs. Asseyez-vous aux côtés de votre enfant (ou invitez un ami) et jouez côte à côte sans diriger l'action.\n\n- Commenter au lieu de faire l'arbitre : Lorsque les enfants jouent l'un près de l'autre et que la tension monte, décrivez simplement ce que vous voyez, sans jugement. « Je vois que tu construis une grande tour, et qu'elle aligne ses voitures. » Reconnaître leur travail valide leur espace sans forcer l'interaction.\n\n- Rendre l'attente visible : Si les enfants veulent le même objet, essayez de ne pas dire par défaut « tu dois partager ». Rendez plutôt le tour de rôle prévisible. Utilisez un sablier visuel ou chantez une chanson courte et familière pour marquer le moment de l'échange. La prévisibilité réduit l'anxiété et renforce la confiance.